Les Prises du marais salant

Connue en Saintonge depuis Dagobert au VIIème siècle, à travers une donation à l’abbaye de Saint-Denis, l’activité salicole s’est beaucoup développée à l’époque médiévale sur les bords de Seudre et à Mornac.

Progressivement sous l’impulsion des ordres religieux, des parties de vasières, d’abord les plus hautes, sont soustraites au jeu de la marée pour la construction de digues appelées «taillées » ( du latin talliciti). Ces espaces conquis sur l’emprise de la mer sont autant de « prises », chacune ayant sa propre dénomination, telle la « prise » de Saint-Denis qui couvre une étendue de marais au nord de Mornac depuis l’ancien port des Roussines, à l’ouest du port actuel , jusqu’aux claires de « sartières » qui bordent les rives de Seudre.

Chaque prise permettait à l’intérieur de l’endigage la réalisation de marais salants établis souvent en fonction de la direction des vents dominants, et de marais d’élevages de poissons , notamment d’anguilles, autrefois désignés sous le nom de « pêcheries » .

Pour Mornac , la toute première mention connue des activités salicoles remonte à l’an 1095. Il s’agit d’une donation de « marais salants de Mornac » faite par le Seigneur de Didonne au prieuré Saint Nicolas de Royan. Bien plus tard, tandis que les anciens marais salants les plus hauts et soumis aux eaux douces devenaient des marais « gâts », les derniers grands endigages à Mornac se sont réalisés dans les années 1550 pour les prises du Grand Téger et de la Lède situées entre les « achenaux » de Téger et Coulonge.

Pendant des siècles, les marais de Seudre et de Mornac connaissent une forte activité dans la production du sel tout spécialement à destination des pays d’Europe du Nord. Ainsi en 1730 on dénombre soixante dix demandes de chargement de sel en Seudre devant Mornac par des navires hollandais. La qualité du produit lié au terroir en fait l’attrait. Par exemple, le sel blanc du Liman, le secteur du marais entre Mornac et l’Eguille était coté au marché maritime d’Amsterdam au XVIIIème siècle.

Restés encore très actifs tout au long du XIXème siècle à la différence de ceux de Brouage en grande partie abandonnés, les marais salants de Seudre connaissent le déclin suite à l’hémorragie humaine de la guerre de 1914-18 qui frappe nombre de fils de sauniers.

A Mornac , dans le sillage des derniers anciens, tels Marcel Bourdin et René Bricou, et après une interruption de cinquante ans, le métier du sel a repris ces dernières années sur la prise de la Prée où exerce avec son épouse Sophie, le saunier Sébastien Rossignol

Ainsi se perpétue ici, avec compétence et belle ardeur, les gestes d’une activité millénaire pour selon l’expression ancienne, » faire saler le marais.