Le dernier curé de Mornac

C’est une petite histoire, digne du film Don Camillo, ce curé italien qui s’affrontait au maire communiste du village. Mais ici, ce sont les paroissiens de Mornac qui passent à l’action.

La scène se situe en 1955. La paroisse catholique de Mornac n’a pas de desservant depuis quelque temps. Le culte est assuré par le curé de Chaillevette, l’abbé Lacassagne, un auvergnat à l’accent rocailleux. Les locaux du presbytère, une maison assez spacieuse, sont donc inhabités.

En cette période d’après-guerre il n’y a pas encore de nouvelles constructions à l’extérieur du bourg et les logements disponibles sont rares. Or voilà qu’est annoncée l’arrivée d’un nouveau garde maritime flanqué d’une famille relativement nombreuse contrairement à son prédécesseur célibataire. Où loger ces nouveaux venus ?

Pour le maire Gabriel Lacombe la solution s’impose. Puisque le presbytère est vide, on va y installer le garde maritime et sa famille. Aussitôt la nouvelle connue – tout se sait très vite à Mornac –c’est le branle-bas de combat parmi les Catholiques les plus durs, on dirait aujourd’hui les traditionnalistes. « Pas question de laisser la mairie faire occuper la cure ! » et de ressortir l’ancienne histoire de cette maison. Elle avait fait l’objet dans les années 1860 d’une donation d’une pieuse paroissienne Bénigne Bourdeille- dont la pierre tombale est toujours visible - faite à perpétuité aux différents curés qui se succéderaient à Mornac.

Bien sûr depuis était intervenue la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le bâtiment en question faisait donc partie du domaine de la commune qui d’ailleurs, vaille que vaille, en assurait l’entretien. Qu’à cela ne tienne, pour les Catholiques intransigeants, la cure devait rester l’habitat du curé !

S’ajoutait un autre aspect jamais affirmé publiquement mais toujours sous -jacent. Les Catholiques en majorité penchaient politiquement à droite. Le maire lui, était radical socialiste, parti laïque et considéré comme anticlérical. Dans ce contexte le presbytère devenait un enjeu de premier plan. Immédiatement chez les Catholiques des démarches pressantes sont faites avec quelques solides soutiens ecclésiastiques près de l’évêque de La Rochelle Monseigneur Liagre. Et miracle, un nouveau curé est nommé à Mornac !

C’est un Charentais, Pierre Deret, originaire de Saint-André-de-Lidon. Il vient de sortir du séminaire. Un peu timide au début, il va s’affirmer dans son ministère sacerdotal et au-delà par une grande ouverture d’esprit.

Mais il faut restituer l’arrivée en « solex » de ce jeune prêtre à Mornac, ce jour de l’an 1955.

Pendant toute la journée jusqu’au soir à la nuit, les deux cloches nouvellement refondues (suite à l’incendie du clocher en 1943) carillonneront à toute volée.

Et oui il fallait saluer l’arrivée du curé, mais aussi et peut-être surtout, fêter la victoire contre le maire !

Le séjour à Mornac de Pierre Deret fût majoritairement bien apprécié mais de courte durée. En effet, paradoxalement les mêmes personnes qui avaient tout fait pour sa venue, devaient deux ans plus tard manœuvrer pour obtenir son éviction.

C’est que le comportement de ce prêtre moderne, très ouvert à tous, y compris les Protestants et … le maire laïque, déplaisait fortement aux Catholiques traditionnalistes. Et un changement d’évêque à La Rochelle aidant, l’abbé Déret se voit muté à Chive dans le nord-est de la Charente Maritime .Il sera le dernier curé en pose à Mornac !