De la Seudre à la Gironde

Le Chemin des Mornaçons

Dès l’époque médiévale Mornac sur l’estuaire de la Seudre, était un port stratégique côtier, tout comme Broue au fond du Golfe des Santons, les deux ports ayant vu les mêmes fortifications s’élever au XIème siècle. Mornac avait son donjon détruit en 1622 lors des guerres de religion, semblable à la tour de Broue dont on peut toujours voir les imposants vestiges.

L’activité maritime de Mornac, très marquée par le trafic du sel, est connue au XIIème siècle par la référence au banc de Mouillelande en Seudre, où les navires étaient assujettis à un droit d’ancrage d’un sol (un sou) au bénéfice du Seigneur de Mornac.

Ensuite, pendant la guerre de cent ans Mornac sera assiégé plusieurs fois passant tour à tour aux mains des Anglo-Gascons et des partisans du Roi de France. L’un de ces sièges en février 1433, est resté célèbre par l’intervention spectaculaire d’une flottille rochelaise de neuf navires venue au secours des assiégés mornaçons en grande difficulté, leur nourriture étant épuisée. L’astuce, un va-et-vient établi entre la mâture des bateaux et le donjon de Mornac pour faire passer les vivres, devait permettre la résistance et finalement contraindre les assaillants à la retraite après une bataille meurtrière ayant fait plusieurs victimes rochelaises dont le Capitaine Archambaud Gâte-bois (sa pierre tombale a été trouvée dans les douves du château de Mornac).

Le trafic maritime entre la Rochelle et Bordeaux

Cet épisode montre à l’époque déjà l’importance de Mornac pour le trafic maritime entre La Rochelle et Bordeaux .Devant les difficultés pour leurs navires à franchir en hiver les passes de la Gironde, les négociants rochelais leur faisaient emprunter les coureaux d’Oléron et la Seudre .Les marchandises étaient débarquées à Mornac. Ensuite, elles transitaient par charrettes à bœufs jusqu’à Royan pour y être embarquées en direction de Bordeaux.

Le parcours pour ce transit avait été bien choisi car il était à la fois le plus court environ deux lieues, entre Seudre et Gironde, et le moins pentu pour favoriser les charriots.

Le tracé de ce chemin qui figure sur une carte de la Presqu’ile d’Arvert dressée en 1747 (par le Lieutenant de dragons de Tengeville) part de Mornac en direction du Sud-Ouest (aujourd’hui la route de Breuillet) puis du Sud.

Il passe à l’extrémité des marais de la Prée et de l’Etang, puis il monte en biais, le coteau des Montils, traverse les bois de la Lande (commune de Saint-Sulpice- de Royan) pour aboutir à Jaffe et Royan.

Une voie ancienne longtemps pratiquée par les marins de Mornac

Cette voie connue par la tradition orale sous le vocable de « Chemin des Mornaçons » a été aussi appelée « Chemin des Maures ». Ceci peut-être en référence aux Arabes restés en presqu’ile d’Arvert après la visite de Charles Martel à Poitiers en 732. En effet deux implantations de ces Maures, de hardis marins (selon les Chroniques de Turpin) sont évoquées, l’une à Anchoine, un bourg et son port « de la Lune » situé sur l’ancien Golfe du Barbareux et disparu dans les sables, l’autre à Mornac où la partie ancienne du village est toujours appelée « quartier arabe ».

Reste que le « Chemin des Mornaçons » a connu une longue pratique. Encore à l’époque moderne, dans les années 1940, les marins pêcheurs de Mornac l’empruntaient à pied pour rejoindre leurs bateaux laissés au port de Royan, ce qui facilitait leur activité notamment en été pour la campagne des crevettes roses.

Enfin pour un secteur professionnel particulier, le métier des huîtres, les liens entre Seudre et Gironde ont été très forts. Par exemple à la fin du XIXème siècle les premiers établissements ostréicoles de Mornac expédiaient des huîtres vers Bordeaux, par voie maritime en passant par Royan. Quant à la récolte de jeunes huîtres, soit manuellement sur les rochers, soit par bateaux à la drague, elle fut longtemps une activité de premier plan en Gironde pour alimenter les éleveurs d’huîtres de Mornac et de la Seudre.